VOYAGE SUR LA CÔTE-NORD (2023)

Par Louis-Serge Houle


Hier, nous avons passé la nuit sur le quai de Pointe-au-Père, un petit bras de mer qui autorise les motorisés, les roulottes et autre Mini 51, bien sûr, à y passer la nuit. Avec les orages, le vent qui soufflait fort et le flot continu des eaux du fleuve, nous avons dormi comme des bébés!

Ce matin, le réveil a été un peu frisquet une fois à l’extérieur. Cela ne nous a pas empêché de marcher sur la rue du Phare qui longe le fleuve. Tout est tranquille à cette heure, probablement grâce au sous-marin Onondaga qui monte la garde sans relâche. Voilà un attrait très intéressant de ce patelin. Nous avons eu la chance de le visiter l’année dernière avec nos amis Johanne et Serge. Le fan de la série Voyage au fond des mers, que je suis, ne pouvait rater cette occasion de monter (sinon de descendre) à son bord. Comment les marins pouvaient-ils vivre dans cette promiscuité qui ne devait certainement pas être toujours des plus saines ? J’aurais bien aimé y croiser l’amiral Harriman et, surtout, Kowalski, ce sympathique marin qui n’avait pas froid aux yeux !

Dehors, cependant, c’est le grand air et les grands espaces. Le vent part de très loin sans jamais prendre de pause. Nous sirotons notre café en marchant entre ce si beau fleuve et des demeures pittoresques situées au sud de la rue du Phare. Le long de la côte, certains résidents ont planté leur drapeaux pour rappeler que cet espace privilégié leur appartient et que nous n’avons pas intérêt à nous y arrêter, même quelques minutes, pour profiter du coup d’oeil. C’est une manière de parler, bien sûr, car de petits écriteaux « Terrain privé » sont partout dressés sur la côte, face à leur maison. Partout ? Non ! Un couple d’irréductibles bienfaiteurs invitent les gens à profiter de l’endroit. Devant le 1095 de la rue du Phare, l’affichette de Marcel et Lucile tranche avec celles de leurs voisins. Ça fait du bien de lire cette invitation qui nous est lancée de prendre ainsi une pause.


En revenant sur nos pas, nous passons devant le musée Empress of Ireland, à la mémoire du navire qui a transporté des milliers d’immigrés en provenance de Liverpool jusqu’à la date fatidique du 29 mai 1914. Ce jour-là, il a sombré au large de Pointe-au-Père avec à son bord les 1477 passagers et membres d’équipage, dont pas moins de 1012 sont morts. Le musée et ses artéfacts, vidéos et autres, valent aussi le détour.

Tout juste derrière, se trouvait la Distillerie Saint-Laurent, qui a aussi sombré. Lors de notre séjour, nous avions pu la visiter et goûter leur très bon whisky et gin. Les propriétaires avaient peut-être été trop audacieux en se lançant dans la construction de cet édifice très fonctionnel pour y déménager durant la pandémie. Entre la distillerie à proprement parlé et le magnifique entrepôt où dormaient des dizaines et des dizaines de fûts, se trouvaient une terrasse très accueillante. Tout ça pour dire que le quai de Pointe-au-Père vaut quand même le détour, malgré cette malencontreuse fermeture.

La route nous appelle encore et nous la reprenons pour nous arrêter boire un latté au Café sur mer, à Mitis-sur-Mer. Un autre bel endroit très chaleureux. Il s’agit d’une maison qui s’est transformée en café pour le plus grand bien des voyageurs que nous sommes devenus. Puis, direction Matane par la 132, quasiment à l’intersection de la rue Sherbrooke, ou la 138, si on veut, au terme de la traversée du fleuve d’une durée de 2h20. Une fois à Baie-Comeau, l’été est soudainement revenu et nous avons établi nos quartiers au camping Boréal, un très bel endroit qui nous a surpris par l’aménagement des sites, sa tranquillité et son accès à la rivière. Un cours d’eau que nous avons très hâte de voir de plus près, demain, avec notre kayak! Pis en plusse, c’est le Noël du campeur!!

La 138 entre Baie-Comeau et Port-Cartier est des plus sinueuses dans tous les sens : de gauche à droite et de bas en haut, avec des angles de près de 90 degrés en descendant, puis en remontant. De là, ses courbes sont moins prononcées jusqu’au Havre Saint-Pierre. Toutefois, les rivières croisées en chemin nous font constamment tourner la tête! Leurs cascades et leurs rapides reflètent tant de beautés!

Ce matin, nous sommes allés sur la place McKormick, à Port-Cartier, la résidence de notre très chère amie et voisine Sylvie. Elle y a habité à une autre époque. Comment ne pas l’envier avec cet accès à la mer du matin jusqu’à la nuit! Probablement le plus beau coup d’oeil de Port-Cartier! Puis, nous avons marché sur l’île Paterson, dans le parc de la Taiga pour voir la chute du même nom. C’est tout simplement magnifique avec des aires bien aménagées pour admirer le paysage ou pour pique-niquer. La présence des vestiges d’une autre époque est aussi très forte, du temps où les compagnies forestières dominaient la région, bien avant les minières et autres alumineries. Elles sont parties en y laissant leurs artéfacts de béton et de bois et en repartant avec des sommes colossales engrangées au fil des décennies.



Nous avons savouré un latté chez Mamie, sur l’avenue Parent, avant de reprendre la route. Et quelle route! Chutes à bâbord, rivières, rochers et mer à tribord, sans compter les épinettes et tout le reste!

En chemin, nous rendons hommage aux ouvriers victimes de la négligence des entrepreneurs qui ont causé l’effondrement du pont surplombant la rivière Ste-Marguerite durant la construction du barrage de la SM2 le 30 octobre 1984. À l’époque, la CSN avait réclamé une enquête publique et vertement dénoncé le ministère des Transports, l’entrepreneur et le maître d’œuvre du projet pour négligence et pour ne pas avoir assuré toutes les conditions permettant aux ouvriers de travailler en toute sécurité. Résultat: six morts et deux blessés. Avant la tragédie, des inspecteurs de la CSST avaient pourtant noté plusieurs anomalies sur le chantier.

Aujourd’hui, il n’y a personne aux abords du barrage. L’espace ne manque pas pour nous garer et profiter du paysage. Le coup d’oeil sur la rivière, dans toutes les directions, vaut certainement cet arrêt. La quiétude d’un côté, le torrent de l’autre. Le temps est beau et nous pouvons sans problème marcher sur le barrage et aux alentours. Nous considérons la chance que nous avons de faire ce voyage avec tout ce qu’il nous apporte. Ce n’est pas tous les jours qu’on se retrouve au sommet d’une telle structure, construite avec la sueur et le sang de travailleurs.



Nous reprenons la route vers de splendides villages, comme Sheldrake, et son pont (fissuré) Tourzel, traversé en retenant notre souffle. Puis Rivière-au-Tonnerre, Manitou, Mani Utenam, et Sept-Îles, bien sûr où nous avons dîné au Casse-croute du pêcheur… savourant des Po-Boy végane! Avouez que déguster un sandwich traditionnel de la Nouvelle-Orléans en mode végane relève d’un exploit! Mais que dire de le réaliser à Sept-Îles!

Le fameux pont fissuré, le Tourzel

En décembre 2012, nous avons résidé deux semaines dans le quartier Trêmé de la Nouvelle-Orléans, qui a donné son nom à une excellente série télévisée. Si vous avez la chance de vous rendre dans cette ville des plus animées, où dominent la musique et la joie de vivre, rendez-vous au Parkway Baker & Tavern pour goûter à leurs fameux Po-Boy, d’épais sandwichs faites de plusieurs tranches de viandes diverses, de fruits de mer et de légumes entre deux tranches de baguettes. Comme la gibelotte de Sorel, c’était à l’origine un met pour les pauvres, concocté avec tous les restants: Poor Boy. À défaut de la Nouvelle-Orléans, rendez-vous au Casse-croute du pêcheur, vous nous en donnerez des nouvelles!

En soirée, nous voilà arrivé au camping municipal de (les gens d’ici dirait: DU) Havre Saint-Pierre, situé en bordure du golfe, face aux îles de Mingan que nous visiterons demain. Difficile de demander mieux que cette splendide journée!

Supposons que vous partez de chez-nous. Vous remontez la rue Préfontaine une cinquantaine de mètres, puis vous prenez de Rouen vers l’est. Deux rues plus loin, vous remontez la rue Saint-Germain. Deux autres rues au nord, vous tournez à droite sur la rue Sherbrooke que vous ne quitterez jamais. En sortant de Montréal, elle devient le Chemin du Roy pendant un bon bout. Le Saint-Laurent s’écoule juste à côté de vous jusqu’à ce que vous contourniez les îles de Sorel. Du moins, celles de la rive nord. Tout juste après le lac Saint-Pierre, vous retrouvez le fleuve et passez sous le pont Laviolette. La 138 continue ainsi d’épouser le majestueux cours d’eau.

Rendu à Québec, ce sera le boulevard Wilfrid-Hamel. Vous gardez le cap, puis à votre droite vous admirez l’île d’Orléans. Dans Charlevoix, et sa magnifique route en relief, vous arrivez en haut de la côte pour s’exclamer devant la beauté de Baie-Saint-Paul. Mais vous poursuivez votre chemin et piquez une pointe jusqu’à Pointe-au-Pic. Tout à coup, vous n’avez plus le choix et devez prendre le traversier vers la Haute Côte-Nord. Avec un peu de chance, depuis Charlevoix, vous aurez aperçu une baleine ou deux.

Vous continuez jusqu’à Baie-Comeau en descendant au travers les épinettes, les rivières, les cascades, les chutes et les montagnes sur un chemin qui vire à droite, puis à gauche, et encore à droite par en bas puis par en haut et ainsi de suite jusqu’à Sept-Îles, en passant par Port-Cartier et autres Baie-Trinité et Franquelin. Vous enjambez la fringuante Rivière-au-Tonnerre et arrivez dans la Minganie jusqu’au Havre Saint-Pierre. Sans jamais avoir quitté la même route depuis la rue Sherbrooke, à l’exception du traversier à Baie Sainte-Catherine jusqu’à Tadoussac, vous arrivez à Natashquan en roulant sur la Route des baleines, la route Jacques-Cartier, puis le Chemin d’en Haut.

Avant de penser relaxer avec La Pompier, brassée par la microbrasserie La Mouche, vous roulez encore sur sur une vingtaine de kilomètres sur du bitume fraîchement roulé, puis une autre trentaine sur une route de roches au bout de laquelle vous lisez: «FIN 138». Vous êtes à Kegaska. À l’époque, c’est ainsi que nous sommes parvenus à notre objectif. Aujourd’hui, vous avez de la chance, puisque les roches ont laissé leur place à l’asphalte durant les quelque 52 kilomètres qui la sépare de Natashquan. Un jour, je l’espère, il sera possible de poursuivre cette pittoresque, magnifique et majestueuse route jusqu’à Blanc-Sablon, la conclusion de la Basse Côte-Nord, encore 400 kilomètres plus à l’est.

Et, sur tout le trajet traversant la Côte-Nord, vous aurez pris le temps de vous arrêter dans de superbes villes et villages et constatez à quel point, les gens de cette région sont accueillants et courtois. Il est maintenant le temps d’en déboucher une. Santé!

Natashquan. Aussi bien dire Atlantide. Lointain, inatteignable, quasiment irréel. Comment imaginer autrement ce village dont on ne manquait jamais de souligner l’impossibilité d’y fouler le sol, à moins de descendre d’un avion. C’était il y a longtemps, puisque la 138 s’y rend depuis 1996. Mais durant les années 1960 et 1970, la route dépassait à peine Sept-Îles. Lorsqu’il était question de Natashquan dans les médias, on pouvait penser que c’était pour ajouter à la légende de notre Gilles Vigneault national. Imaginez cet immense créateur et interprète qui habite tellement loin qu’il ne peut quitter son domicile par des voies terrestres. Il devait sûrement avoir des supers pouvoirs.
 
Plus jeune, l’idée que je me faisais de la Côte-Nord provenait de toutes sortes d’histoires qui noircissaient l’image de ce magnifique coin de pays. Duplessis n’avait-il pas vendu le fer, extrait de notre sol par la sueur et le labeur des ouvriers, à une cenne la tonne ? À condition que les riches compagnies américaines construisent des routes. Est-ce vraiment surprenant qu’aucune d’entre elles ne se soient rendues au village de l’auteur de Fer et titane ? Le progrès seul a raison, chantait-il. Et on sait de quel progrès il s’agit. Aujourd’hui, les sous noirs n’existent plus, mais les minéraux continuent d’être extraits pour être transformés ailleurs.
 
Les dramatiques épisodes des agressions d’enfants à Sault-au-Mouton, au milieu des années 1980, sont aussi restés indécollables dans mes souvenirs.
 
Puis, j’ai eu la chance de côtoyer un militant syndical de la CSN dans la santé qui m’a fait comprendre que la Côte-Nord ne se résumait pas à des mines et des usines polluantes. Sylvio, un homme d’une grande sensibilité, n’a pas manqué de voir la beauté des grands espaces, les forêts, les lacs, les rivières, les monts, la faune et la flore uniques. Et il ne manquait pas de me le partager lorsque je le questionnais sur ce coin de notre pays. C’est bien ce que nous avons vu tout le long de la 138 jusqu’à notre destination finale. Il faut aussi compter sur l’ouverture et l’accueil des gens qui y vivent.
 
Du Havre-Saint-Pierre, où nous sommes partis ce matin, il faut rouler quelque 150 km avant d’arriver à Natashquan, en passant par Baie Johan Beetz et Aguanish pour des arrêts obligés. Nous ne sommes plus très loin de notre objectif, mais un plaisir, ça se cultive et il faut l’étirer autant qu’on peut. Les centres d’information touristique sont de bons endroits pour faire le point sur les attraits de la région avec les gens de la place et aussi pour compléter notre collection d’autocollants de la région que nous apposons sur le coffre de toit de notre bolide. À Aguanish, deux femmes se partagent le travail, une étudiante et une plus expérimentée qui est à sa place dans ce centre. Elle nous renseigne sur les beautés du coin, en commençant par cette douzaine de phoques qui se font dorer la bedaine, étendus sur la rive de l’autre côté de la petite baie.
 
Il y a un homme ici qui est très intéressé par les propos de la préposée. Pour tout dire, il ne note pas les endroits qu’elle nous suggère. Il la regarde attentivement et on pourrait croire qu’il cherche à la prendre en défaut. « Êtes-vous du coin, madame ? » lui demande-t-il, le menton en l’air. Avisée, la madame en question le voit venir aussi gros qu’une baleine à bosse dans la rivière Aguanish. « Je suis née pas très loin d’ici, pourquoi une telle question ? » Bang ! Elle le déculotte d’un coup. Mais le gars est solide et ne montre aucunement qu’il a été ébranlé. « Ce n’est pas le cas de tous les employés des centres d’informations », répond-il. Et il en profite pour en rajouter sur la beauté de la Côte-Nord, à commencer par le barrage Daniel-Johnson, qu’il faut visiter, et continuer le trajet jusqu’à Fermont par la 389. Une traversée de plus de 7 heures à travers une brume épaisse de moustiques voraces. Ainsi raconté, ce n’est certainement pas le meilleur vendeur de la Côte-Nord… De l’autre côté de la porte, à l’extérieur, je vois son épouse qui semble hocher la tête en souriant légèrement. Elle doit savoir que son ti-Jos connaissant de mari fait l’étalage de ses connaissances étendues.
 
Nous reprenons la route vers le Saint-Graal de la 138, où, pour atteindre le camping municipal, le Chemin faisant, il faut traverser Natashquan et rouler 3 km. Quel nom pittoresque ! Difficile de dire qu’on y arrive chemin faisant, après les 1264 km qui séparent notre demeure du camping. Voilà au moins une autre preuve que les Nord-côtiers ont de l’humour.
 


Nous installons notre barda tout près du bâtiment administratif. C’est l’endroit parfait pour voir arriver les voyageurs qui débarquent sans aucune réservation. À croire qu’ils sont arrivés chemin faisant… Il y a un type à vélo que nous avons croisé à quelques reprises dans les centres touristiques et les campings. Nous l’avons d’ailleurs dépassé une fois où deux sur la route. « Vous en avez fait du chemin ! », que je lui dis. Il a pris la route à Tadoussac et souhaite se rendre à Kegaska pour prendre le bateau vers Blanc-Sablon, puis Terre-Neuve. Ce gars ne manque pas de courage. On peut dire qu’il ne porte pas sa cinquantaine.
 
Les touristes au camping souhaitent échanger avec leurs voisins. J’adore ça. Ils sont contents d’être ici et ils ne manquent pas de le montrer. Il y a beaucoup de Josette dans l’air. Mais Mimi et moi voulons voir la mer. Nous traversons donc le camping. C’est ici que le fleuve qui passe devant notre île, Montréal, et qui frôlent les 103 de Sorel, termine son chemin. La plage, à perte de vue à gauche et à droite, est magnifique. Nous respirons à grands poumons le vent, dont on se doute qu’il ne cessera jamais. Nous sommes soufflés par la prestance des lieux. C’est tellement beau !


Nous marchons les 3 km qui nous séparent du village à travers les dunes et les galets. Entre les deux rivières Natashquan, l’eau du golfe est aussi chaude que celle de la baie des Chaleurs. Au loin, l’emblème de Natashquan montre le bout de son nez. La douzaine de petites maisons de pêcheurs blanches et bleues trônent, désordonnées, sur la côte. On dirait un minuscule village sans rue aucune, tellement elles sont prises dans un pain. Non loin de là, il y a le café bistro l’Échouerie qu’on atteint en marchant sur le sable. C’est le temps de se désaltérer. Au passage, nous faisons une halte à la boutique Un air de par ici, pour quelques souvenirs.


 Nous empruntons ensuite le joli chemin de bois en direction de l’église de Natashquan où sont exposées les œuvres de la peintre Marie-Andrée Dufresne. À partir de la fin des années 1960, elle peint les belles maisons du village, aujourd’hui exposées sur les saints murs de l’église. Le chemin de croix ne s’en trouve que plus beau. Nous marchons dans toutes les rues pour admirer ces maisons en vrai, dont la maison familiale de notre chansonnier national. De belles demeures toutes colorées qui ne sont pas sans rappeler celles des Îles-de-la-Madeleine.
 
Le lendemain, nous voulons atteindre le bout de la 138. Quarante-huit km entre notre camping et Kegaska. Aujourd’hui, la route est pavée, mais durant les vacances de la construction de 2023, seulement la moitié du travail est complétée. L’autre est faite de grosses roches de 3 pouces. C’est sans compter les énormes camions qui roulent en trombe et laissent un épais brouillard de poussières. Les camions à eau croisés tout au long du trajet ne peuvent y faire grand-chose. Je me permets une suggestion: laissez votre roulotte au camping, le cas échéant.
 
Une fois à Kegaska, nous faisons comme tout le monde : une photo devant le célèbre écriteau : « 138 FIN ». Pour avoir droit à notre autocollant qui atteste notre pèlerinage, nous nous rendons à une ancienne auberge où les collants sont laissés sous une pierre sur un banc. D’autres touristes sont là et ils ramassent avec fierté leur trophée. J’avoue que je l’ai moi-même soulevé comme s’il s’agissait du Conny-Smythe. Il y a une toute petite boutique dans le village et je n’ai pas manqué d’acheter la dernière casquette que je porte durant toutes nos randonnées en camping.


Dernière journée à Natashquan. Je suis encore sous le charme de ce village. Bien sûr, on pense à Gilles Vigneault quand on évoque Natashquan mais c’est aussi de magnifiques plages comme on n’en trouve plus beaucoup en Amérique du Nord. La nature à l’état pur. J’y retrouve les émotions que mes premières visites aux iles-de-la-Madeleine.

On a fait une bonne journée, surtout sur la route, en partant de la ZEC de la rivière Moisie (et ses millions de bibittes) au Parc Nature de la Pointe-aux-Outardes, en passant par la rivière-Pentecôte et Baie-Comeau.

Côté température, on a tout eu! Du soleil, de la pluie, du vent, à tour de rôle. On a eu le printemps, l’automne et l’été en une seule journée. Et combien de maringouins…
Ils nous énervent !!!!!

À l’origine, on avait prévu se rendre directement au Saguenay, mais à y réfléchir, on trouvait ça un peu long, surtout que les chemins sont très côteux! On a donc réservé au Parc Nature de la Pointe-aux-Outardes pour un arrêt transit et on ne l’a pas regretté.

Le site est merveilleux. On est stationné tout près du fleuve et d’une belle plage. Le site est bien organisé, tellement propre avec tout plein de beaux sentiers qu’on ne pourra malheureusement pas visiter car on repart à la première heure demain. Mais c’est un coup de coeur pour nous !

Demain, c’est donc direction Saguenay, pour la SEPAQ du Fjord du Saguenay.

Hier, c’est sous la pluie que s’est déroulée notre journée. Mais on a fait contre mauvaise fortune bon coeur, et on en a profité pour visiter Tadoussac, à une trentaine de kilomètres de la SEPAQ. Ville Nord-côtière selon les régions administratives, elle prend pourtant des accents saguenéens très marqués.

Ici, les touristes sont partout. Cela marque vraiment un changement avec les autres endroits visités. Les boutiques, les bars et les cafés sont pleins à craquer. Les rues aussi! Les autos sont partout. J’écris cette publication à la microbrasserie Tadoussac. Paraît que le bière est bien bonne. Le blond est content.

La pluie ne nous a pas empêché de nous balader et de profiter de cette ville aux airs de vacances. On a même pu manger une poutine végane! Quoi demander de plus?

On se fait remarquer, moi avec mon chandail de Natashquan et Louis-Serge avec sa casquette de Kegaska. Bref, une belle journée de transition entre la Côte-Nord et le Saguenay-Lac-St-Jean. Ce matin, on a quitté pour la SEPAQ Pointe-Taillon pour explorer le Lac St-Jean. Mais avant, arrêt à Sainte-Rose-du-Nord pour une croisière dans le fjord.

Toujours est-il, qu’il y a aussi une rue des Pionniers à Sainte-Rose-du-Nord, une magnifique petite localité qui fait le plein de touristes et qui est tombé sur notre chemin par hasard. Il nous a d’abord fallu «détenter» sous la pluie. L’abri pluie et les toiles se sont retrouvés vite fait dans des sacs de poubelles pour éviter de mouiller le bordel qu’est devenu le coffre de l’auto. 

Nous avons ensuite pris la 172, dénommée la Route du Fjord, en route pour la prochaine étape, la Sepaq de la Pointe-Taillon passé Alma, 173 km plus à l’ouest.

Si vous avez roulé sur la Route des baleines sans voir de baleines, vous ne serez pas surpris de ne pas apercevoir le Fjord sur la 172. Naïvement, je croyais que nous longerions le Saguenay, comme on longe le Saint-Laurent sur la 138. Que non. Nous aurions pu rouler en Montérégie, dans Lanaudière ou ailleurs au Québec sans y voir beaucoup de différence. Des arbres à droite. Des arbres à gauche. Parfois des éclaircies nous permettant d’admirer les montagnes et des cours d’eau. La route est parfois semblable aussi à celles de ces régions. Comme un mauvais film revue maintes fois à Montréal avec «Le retour des cônes oranges». Tout à coup, elle devient graveleuse, toute bosselée, puis en terre et… apparaît un feu de signalisation qui nous bloque une quinzaine de minutes. Nous poursuivons ainsi notre chemin et, au bout d’une heure, je regarde dans mon rétroviseur pour m’apercevoir que nous avons oublié de piner la Mini!!

Mais non, c’est une blague. Nous croisons quelques vaches, ce qui aurait plu à notre ami et voisin Pierre, un troupeau de moutons qui broute le joli champ tout ondulé. Un peu plus loin, il y a une pancarte d’information touristique. Nous rentrons alors dans le paysage pour atteindre Sainte-Rose-du-Nord. Mimi se souvient alors que notre amie Johanne lui avait justement suggéré de visiter cet endroit. Ça tombe bien, on peut y faire une excursion dans le Fjord du Saguenay. Le bateau, en provenance de La Baie, repart d’ailleurs dans une soixantaine de minutes. Nous prenons notre lunch sur le quai avant cette magnifique excursion de trois heures à bord de La Marjolaine. Depuis le temps que j’en entendais parler, voici le fameux Fjord. Malheureusement, les photos ne rendent pas justice à sa grandeur et sa beauté.

Hier a été une journée tampon. Un entre-deux obligé par une température à trois volets qui nous empêche de planifier quoi que ce soit. De chauds rayons de soleil quelques minutes, repoussés par quelques nuages épars bien placés, suivis d’une pluie fine, mais persistance, aussitôt balayée par le soleil. Et ainsi de suite. Pourquoi ne pas profiter d’une partie de la journée pour faire ce que nous remettons depuis quelques jours, à savoir la lessive? L’occasion est belle aussi de faire un tour à Alma et de vérifier si Saint-Gédéon est véritablement «La destination vacances au Lac Saint-Jean».

La vie en camping est ressourçante et reposante. Il y a plus aussi. Dans cette intimité toute relative qui nous est accordée, la proximité avec le voisinage peut faire surgir un voyeurisme enfoui au plus profond de nous. Des mots saisis au vol, des scènes furtives, les occasions sont nombreuses pour être à l’affût, malgré nous, même, de ce qui se déroule autour de nous. Il faut dire que la forêt, ici, semble avoir été à moitié dévasté. Au tiers dévasté, serait plus juste. Comme si un arbre sur trois était tombé entre les autres, dégageant à certains endroits une belle profondeur de champ. Ce couple de grand-parents qui repassent 5 ou 6 fois durant le déjeuner, incapable d’endormir l’enfant qui bouge dans la poussette. Les jeunes qui passent en trombe sur leurs vélos. Et ce taxi qui se stationne chez notre voisin. On ne veut pas regarder, mais…Avouons que la chose est étrange. Le chauffeur sort et revient de la roulotte avec une valise. À son tour, la passagère va prendre une deuxième valise dans la grosse Prowler. Ouch! Ça sent la séparation. Le taxi repart et le gars reste seul avec son cellulaire, ne sachant pas trop quoi faire. Il finit par quitter le camping à son tour.

En fin de journée, alors que nous pouvons enfin voir le fabuleux Pekuakami, ce lac Saint-Jean magnifiquement décrit par Michel Jean dans Kukum, une jeune famille tente de souffler un kayak gonflable sur le bord de la minuscule plage du camping. Le père ne porte pas de gilet de sauvetage, contrairement à son épouse et leurs deux jeunes enfants, tous trois excités à l’idée de prendre le lac d’assaut. Le bonhomme est du genre de dire: «Vous voulez faire du kayak, arrangez-vous tous seuls». Ça vient de Mimi, très attentive aux comportements d’autrui. Comme je vous le disais, nous ne sommes pas voyeurs, mais nous ne pouvons quitter nos yeux de cette scène qui se déroule devant nous. La maman semble regarder le tutoriel sur Youtube pendant que le garçon actionne la pompe à répétition. Les sièges sont fixés à l’envers, puis retournés. Toutes les combinaisons sont à l’essai pour réussir à monter le puzzle. Coupable du crime de voyeurisme absolu, nous quittons les lieux sans savoir s’ils prendront le large. Déjà que le lac ne semble pas enclin à leur donner beaucoup de chance. Le vent souffle sur les moutons. Ce ne sera pas facile.

Le matin, nous partons pour Alma en direction de J. M. Brisson, Appareils ménagers. À l’arrière du commerce, il y a une petite buanderie qui a visiblement donné ses meilleures années. Heureusement, tout est fonctionnel. Nous laissons la machine faire son travail et nous reprenons la route à la recherche d’un café. L’Exode café, au cœur d’un centre commercial, est parfait. C’est un endroit sympathique avec une terrasse suffisamment bien aménagée pour nous faire oublier la vue sur le stationnement. Il faut dire que même Charlotte Cardin (oui, oui!) est venue ici une fois! À la table d’à côté une jeune famille s’installe. S’en suit d’innombrables tentatives du père, puis de la mère, d’amener le garçonnet à la salle de bain, ce qu’il refuse obstinément. Les parents finissent par perdre patience et s’en retournent, la maman l’air de dire: «Pisse dans tes culottes, tu vivras avec!». Nous ne sommes pas voyeurs… Comment éviter d’être témoin de ces scènes de la vie quotidienne?

D’ailleurs en camping, on perd la notion du temps. On ne sait plus quelle jour on est. Après tout, les dates primes. Le 2, nous quittons cet endroit pour un autre où nous resterons jusqu’au 5. Et ainsi de suite. Il faut dire que se rappeler de la journée a aussi son importance. Savoir que la microbrasserie voisine de notre café est fermée le samedi, ou que ce resto n’ouvre pas avant le mercredi soir, sont des choses que nous pourrions prévoir.

Nous retournons chez J.M. Brisson, qui ferme d’ailleurs à midi le samedi. Deux touristes français, un père et son fils (ou son amant, allez savoir), essaient de voir à l’intérieur du commerce s’il y a âmes qui vivent. «C’est fermé», que je leur dis. Il me répond: «Ah! Vous travaillez ici?» Non, je ne travaille pas ici, mais si vous êtes venus pour la buanderie, elle est disponible. C’est 3$ pour la lessive et 2$ pour la sécheuse. Il n’a pas toute la monnaie et encore moins le savon. Nous leur donnons le change et le savon et les explications d’usage, car le monsieur regarde d’un air dubitatif la machine à laver. Ce n’est pas parce que je veux leur donner raison, mais comment comprendre les différences entre «eau fraiche», «froide» et «froide du robinet»? Le monsieur me dit: «Chez-nous, à Paris, en France, nous lavons à l’eau tiède.» Hum… Je lui rétorque: «Ici, au Québec, nous lavons à l’eau froide. Le savon que je vous ai donné est d’ailleurs pour cette température.» Il insiste: «Mais chez-nous, c’est à l’eau tiède!», comme s’il venait d’avance un cavalier sur l’échiquier. «Généralement, ici, l’eau chaude n’est pas connectée aux machines à laver», que je lui dis. Échec et mat! Il abdique.

Le monsieur nous demande d’où nous venons, où nous allons, etc. Nous lui expliquons notre road trip à partir de Montréal et par quels endroits nous sommes passés au travers les quelque 3000 kilomètres parcourus. Il n’en revient pas. «Vous vivez au Québec et vous voyagez au Québec!», qu’il nous lance. Hum… Mireille lui répond: «Nous vivons dans un très beau pays et il y a tant à voir et à visiter! Nous n’en verrons jamais la fin!». Il insiste: «Vous vivez au Québec et vous prenez vos vacances au Québec!» Hum… Mimi et moi sourions.

Comme ils prennent l’avion vendredi prochain, depuis Québec, le Monsieur me demande s’il y a de belles choses à voir à Québec. Je lui parle du Vieux Québec et de l’île d’Orléans. «Peut-on y voir des baleines? Il paraît que c’est possible.» Bien sûr, que je lui réponds, mais il faudrait que vous retourniez par Tadoussac et revenir par Charlevoix. On voit bien qu’il a un bon budget. Il considère l’idée de changer leurs plans et de prendre trois journée dans la semaine pour visiter ces beaux coins de notre beau pays. Je me suis retenu de leur rappeler à quel point le Québec est grand et offre tellement de splendeurs. Nous nous quittons par de belles poignées de mains.

Maintenant, en route pour Saint-Gédéon après un arrêt pour admirer la tonitruante Petite-Décharge qui traverse Alma. Nous stationnons à la Place touristique, un complexe chaleureux qui abrite notamment la Microbrasserie du lac Saint-Jean et sa désaltérante Vire Capot. Nous empruntons la rue de La plage dans l’espoir d’y voir le lac pour la première fois depuis notre arrivée à la Sepaq du Camp-de-Touage. Au bout de 9 minutes, le club Kiwanis bloque la vue. Entourée de clôture avec des pancartes «Interdits aux piétons», l’enceinte n’est pas très accueillante. Juste à côté, et sur plus de 750 mètres, 3-4 campings nous empêchent aussi d’accéder au lac. Pas grave, nous apercevons le camping municipal un peu plus loin. Nous retournons à la voiture pour s’y rendre. À notre grand étonnement, ce camping n’est pas public et il faut payer pour arriver à la plage. Idem pour le Camping Plage St-Jude, le Soleil couchant, de l’écureuil et celui d’Hébertville Station. Ouf… Ce ne sont pas des camping, mais des fourmilières! Les roulottes y sont densément collées les unes contre les autres, à croire qu’on ne peut y circuler.

Notre GPS nous indique qu’il y a peut-être une chance de voir le lac en se rendant un peu plus bas. Oups! L’écriteau est sans équivoque: «Chemin privé réservé aux résidents. PASSAGE À VOS RISQUES» Oh boy! Nous décidons de prendre notre courage et d’y aller quand même. L’endroit est surréaliste. Les chalets et les maisons sont éparpillés en trois ou quatre rangs entre le chemin et le lac (qu’on n’a pas encore vu) avec des autos partout. Dans cette forêt d’habitations, je nous imaginais dans une scène de Delivrance, dans l’attente de se faire capturer par les gens de la place. Nous rebroussons chemin et relisons: «Saint-Gédéon, La destination vacances au Lac Saint-Jean.»

Hier, après avoir hésité à cause de la température incertaine et de notre méconnaissance du secteur, c’est en après-midi que nous avons finalement décidé d’aller faire du kayak, à partir de la baie Forest, accessible par la SEPAQ et donnant sur le Lac St-Jean. Une toute petite plage permet aux visiteurs de profiter de l’eau et de la vue des dizaines de petites îles de son archipel. L’endroit est assez difficile d’accès mais nous avons quand même réussit à mettre notre kayak à l’eau. Nos efforts n’ont pas été vains car nous avons profité d’une belle sortie sur l’eau, avec un arrêt sur l’île des Cauchon. De retour à la Mini, nous avons dégusté une bonne pizza maison (plutôt artisanale) et quelques verres de vin.

Le secteur camp-de-touage-les-îles du parc national Pointe Taillon est tout jeune et il entend développer l’hébergement en camping sur ces îles. Ce parc deviendra probablement une destination de choix au cours des prochaines années. On a vraiment aimé se retrouver à l’intérieur de cette forêt malmenée, mais combien belle. Les installations (bloc sanitaire, lavabo pour la vaisselle, centre de services) sont neuves et bien pensées. Le site, assez petit, se distingue des autres SEPAQ beaucoup plus imposantes, bien qu’elle fasse partie d’un plus grand parc, la SEPAQ Pointe-Taillon située à 65 kilomètres.

Je vous disais, hier, que la forêt de la SEPAQ Camp-De-Touage-Les-Îles semblait avoir été dévastée, tellement il y a d’arbres au sol, comme s’ils avaient été arrachés à leur souche. Diego, un garde-forestier de l’endroit, nous a expliqué que le 23 décembre, une tempête a effectivement frappé la section où nous sommes installés. Il leur a fallu abattre quelque 250 arbres et procéder à un réaménagement des sites. Cette SEPAQ n’étant ouverte que depuis peu, les travaux réalisés auraient affaibli la forêt, et les arbres déjà mal en point, des «chicots», comme il a dit, sont tombés sous la force de la tempête.

Ce que 100 mètres peuvent faire comme différence… Notre voyage ne pouvait tout simplement pas se terminer simplement.

Nous avons décidé de revenir à la maison hier, écourtant notre voyage de deux jours pour éviter la flotte. Il nous aurait été impossible de descendre la Croche aujourd’hui. Nous ramassons donc nos cliques et nos claques et nous allons faire le vide, puis le plein et direction la 155 vers La Tuque et Montréal. Dans les régions que nous traversons, il ne faut prendre aucune chance. Comme pour annoncer le dernier saloon dans le désert, on peut lire des panneaux routiers qui mentionnent Essence: 1 et 103 km. La prudence est donc de mise.

En sortant de la station-service, l’écran de l’auto affiche la musique, je remets donc le GPS qui indique de tourner à gauche vers la 169 dans… 100 mètres! Oups! Avec la Mini derrière et la circulation automobile, pas question de freiner brusquement. Nous cherchons en vain un endroit pour se remettre en chemin. Finalement, le GPS se repositionne et annonce dans 5,8 km, à gauche sur la 7e avenue. C’est ainsi que nous entrons à Desbiens, «Là où il fait extrêmement bon de vivre». Oui E-X-T-R-Ê-M-E-M-E-N-T bon de vivre. Les firmes de communications commencent à manquer de superlatifs…

Toujours est-il que nous tournons sur la 7e sur 600 mètres. Le détour ne semble pas être trop coûteux. Au bout de cette distance, la 7e se transforme en un chemin de gravelle sur 4,8 km, selon l’écran de notre auto. Voici un chemin sinueux, cabossé et traversé de toutes parts par des vaguelettes et des nid-de-poules (appelons-les ainsi) qui font sauter la Mini dans tous les sens. Nous tentons de nous rassurer en espérant que ce ne sera pas trop long et nous poursuivons sur cette route qui s’enfonce dans la forêt. Personne ne semble habiter cette contrée. Et là, enfin! Le bitume s’étend devant nous. Nous constatons rapidement que le pavage vient probablement d’une promesse électorale de Duplessis, tellement il est magané. On aurait dit un terrain de football avec ses marques à toutes les 10 verges. Bo-boum-boum, bo-boum-boum… Mireille se demande dans quel état se retrouvera le contenu de notre frigo. Déjà qu’elle est inquiète du fait que certains propriétaire d’Hélio se sont plaints que la porte peut s’ouvrir et laisser échapper tout son contenu. Moi, je me dis que nous avons de la chance d’être végane. Aucune chance que nos oeufs ne se transforment en omelette, les «nôtres», à base de plantes, sont déjà liquéfiés…

L’état de cette «route» au milieu de nul part nous fait regretter la gravelle. Trois kilomètres plus loin, la revoici pourtant. À partir de ce moment, sur 13 km, elle est tantôt en terre, parfois en roche, mais toujours sinueuse au travers les côtes. Je souhaite de ne croiser aucun véhicule, rapport que la largeur de la voie me semble trop étroite à la rencontre de deux autos. À chaque courbe et chacune des côtes, je retiens mon souffle, de crainte d’en croiser une.

À une trentaine de mètre, en haut de la côte, un panneau annonce «Passage à une voie». Ouch… Arrivé tout en haut, je vois le pont de bois qui se referme juste en bas. À l’autre bout, il y a un pick-up d’un blanc étincelant, du genre gros Ram (le courage, la légende), qui semble me mettre au défi. On aurait dit Sir Lancelot tenant sa lance sur son magnifique cheval blanc prêt à me charger. Je sens son bonheur à un degré extrême. Par respect pour l’ancienneté, en bon syndicaliste que je suis, je lui laisse le chemin. Il passe à côté de moi avec un air goguenard.

Après ces 13 km, s’ajoute un autre 10 ou 15, et là je me rappelle une nouvelle tirée de l’un des recueil d’Alfred Hitchcock, Histoires à faire peur, d’un gars qui perd son chemin au milieu de nul part et qui est recueilli par des gens qui prennent tellement soin de lui, qu’ils le mangent. Environ 30 minutes plus loin, nous apercevons deux maisons. À la vitesse que nous roulons, nous avons le temps de voir le visage incrédule de cette femme qui nous regarde lentement passer. À croire qu’elle n’a jamais vu d’Hélio 02! Une cinquantaine de mètre plus au fond, sept personnes nous regardent de loin en loin avec l’air de dire: «Par le trou de la fée, que viennent-ils faire par ici?». Le trou de la fée, nous en sortons justement, car c’est bien le nom de cette route et même d’un parc. Nous poursuivons ainsi notre chemin sur le gravier ou la terre en sursautant et en craignant une crevaison.

Nous émergeons finalement de ces chemins bosselés aux multiples courbes et détours pour aboutir directement sur la 155, sans jamais rouler sur la 169. Le reste du chemin a l’air quasiment ennuyeux à côté de ce que nous venons de traverser sur une cinquantaine de kilomètres qui en a paru le triple. C’était sans compter sur la beauté du paysage qui s’ouvrait devant nous durant plus de 140 km avec cette forêt de conifères d’un vert saturé et tous ces lacs jetés ici et là le long du chemin: Lac Écartés, Prinzèles, de la Carpe, aux brochets et j’en passe. Nous passons La Bostonnais et le chalet à Ti-Bi pour atteindre La Tuque.

C’est le temps du lunch et nous arrêtons à La Roulotte, un endroit réputé et très couru. Dans la filée devant le comptoir, j’échange des mots avec un homme de la place qui me vante la Roulotte. «C’est tellement bon ici que ça vaut la peine d’attendre avant d’être servi, me dit-il. Il manque de personnel, donc c’est plus long. C’est à cause de la Covid», poursuit-il, dans l’attente d’une réaction de ma part. Il me voit sourciller et éclate de rire. «Le monde dit toujours que tout ce qui arrive est de la faute de la Covid!» Je ris avec lui et je lui donne raison. «Avant, c’était la faute à El Nino», que je lui réponds. Et nous rions de plus belle. Lorsque ma commande arrive, la serveuse me dit n’accepter que l’argent comptant. Je lui répond, comme à moi-même: «Je n’ai plus d’argent dans mes poches depuis…» Et l’autre gars de compléter: «…depuis la Covid!» Et nous rions encore plus fort.

Nous dégustons nos délicieuses frites et poursuivons la route, magnifique, vers la 40. D’un côté, la majestueuse Saint-Maurice, et de l’autre la montagne qui se jette presque sur le chemin. Il faut prendre la 155 pour nous donner d’autres raisons d’aimer notre pays!

Après avoir roulé sur la route des baleines, sans en avoir vu, et sur la route du Fjord, sans jamais l’apercevoir, je me dis qu’il serait possible d’entendre une chanson de ce grand chansonnier sur l’autoroute Félix-Leclerc. Ce n’est malheureusement pas le cas.

Nous avons traversé plus de 3700 km, visitant des régions aussi belles que le Bas-Saint-Laurent, la Côte-Nord, en bas et en haut, le Saguenay et une partie du Lac Saint-Jean, puis la Haute-Mauricie sans jamais croiser personne que nous connaissons. Ce n’est qu’une trentaine de km passé Berthierville que nous nous faisons dépasser par Martine et Christian qui nous saluent chaudement.

Nous voilà à la maison, à faire un peu de lessive, car nous repartons la semaine prochaine pour une dizaine de jours! Merci de nous avoir suivis!