NIAGARA FALLS, 22 SEPTEMBRE 2024
Je vais vous dire quelque chose. Si jamais l’envie vous prend de faire une virée aux chutes Niagara, pour un voyage de noce ou simplement pour une promenade du dimanche, attendez-vous à rencontrer des touristes. Beaucoup de touristes. Même le 20 septembre, vous serez loin d’être les seuls à arpenter la portion du sentier transcanadien qui borde la rivière Niagara et ses fameuses chutes. Les grappes de visiteurs et de visiteuses tapissent la promenade d’un bout à l’autre. Et ils viennent de partout. Mêmes des États. Nos voisins du sud, qu’on voit nombreux sur l’autre versant, peuvent pourtant admirer d’un autre angle cette prodigieuse beauté de la nature. Ça ne les empêche pas de traverser le pont Lewiston-Queenston pour comparer leur point de vue avec le nôtre. On les connaît compétitifs. Ou peut-être que le taux de change y est pour quelque chose, qu’en sais-je ? Ce n’est pas du chauvinisme que de penser que le point de vue est plus beau du côté canadien. Rien qu’à voir, comme on dit, on voit bien !
Ça ne change rien au fait que dès qu’on aperçoit les chutes Américaines, ou American Falls, on se félicite d’être venu à la mi-septembre et non pas au plus fort de la saison estivale. Il y a du monde partout et ces gens n’en finissent plus de pointer du doigt, de stopper leur marche pour se prendre en selfie et de s’extasier devant cette eau qui se déverse sans jamais s’arrêter. « Niagara never stop », peut-on lire sur des gilets. Voilà le thème d’une ville qui n’est pas un stéréotype du genre « St-Jérôme, la cité des possibles » ou encore « Drummondville, Capitale du développement ». Imaginez « Niagara, Capitale du développement ». Croyez-moi, la chose aurait pu se produire puisque, fondée en 1831, la ville porta le nom de Drummondville jusqu’en 1881. Pour être franc, je trouve que la devise de Niagara Falls accote celle de La Tuque, « Vraie dehors comme dedans ». Avouez que ça nous change des clichés habituels.
À la vue de tous ces touristes, je me suis demandé combien d’entre eux sont en voyage de noces. Ne riez pas, ils sont sûrement plusieurs, même de nos jours. Encore hier, nous avons vu quelques couples de futurs mariés poser pour la postérité et leur photographe. Les grands-parents de Mimi, ses parents, sa sœur et son beau-frère y sont venus en voyage de noce. Mon père et ma mère aussi. Ils ont même dû emprunter 100 $ à un couple d’amis, qui s’étaient mariés en même temps qu’eux, pour pouvoir revenir à la maison. Les temps étaient durs à l’époque.
À ce point, devant l’American Falls, nous ne sommes qu’en face de la « petite chute » du Niagara. La grosse, la vraie, le fer à cheval est un peu plus loin et, même si on ne la regarde pas encore, nous l’entendons gronder. Elle ne manque pas de faire sentir sa puissance, car déjà, elle nous asperge de ses gouttelettes éternelles. Nous avons dû sortir notre parapluie ! De l’endroit où nous sommes, on pourrait croire que nous approchons de Sorel par la 30 en voyant la fumée blanche des cheminées de Fer et Titane. En plus beau quand même. Je sais, j’exagère un peu, car celle qui s’échappe de la Niagara est nettement plus écologique. Ce nuage d’eau qui s’élève dans le ciel ne manque pas d’impressionner.
Je ne suis certes pas le premier à écrire sur les chutes de Niagara. Pourtant, je ne peux m’empêcher de le faire. On ressent la puissance de cette eau qui tombe sans fin, à plusieurs dizaines de mètres dans les profondeurs de la rivière avant qu’une infime partie remonte dans le ciel et retombe en nous rafraîchissant. Dire que parmi ces gouttes d’eau venues du plus profond des grands lacs, certaines passeront sous le pont Jacques-Cartier, voire devant le chalet de Matante Mimi et de feu Mononcle Fady sur l’île Bibeau, l’une des 103 de Sorel. Ce qui n’est pas sans me rappeler Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe (sans jamais oser le demander).
Mimi et moi ne sommes pas différents des gens autour de nous : nous pointons du doigt, nous accumulons les selfies et nous nous extasions devant tant de force et de beauté.
Lors de la visite guidée de la Niagara Park Power Station, on nous rappelle le rôle majeur qu’y a joué Nikola Tesla dans la construction de la centrale. Au pied de la chute, il aurait puissamment ressenti la force de cette eau. C’est à ce moment que le projet d’ériger une centrale hydroélectrique aurait vu le jour. Mimi et moi avons vu la chute sous toutes ses coutures : d’en haut, d’en bas et même d’en arrière. Ce n’est pas le bruit du tonnerre ou la rumeur de la rivière, c’est tout cela ensemble, centuplé et sans fin. Cette puissance extrême, nous l’avons ressentie aussi. Niagara vient d’un mot iroquoien, prononcé à la manière des Blancs, qui signifie « bruit de tonnerre », selon ce que j’ai lu. C’est très bien dit. Ces chutes sont certainement ce que j’ai vu de plus impressionnant dans ma vie. On en oublie même que nous sommes entourés de touristes.
Pour nous changer, hier, nous avons marché sur Clifton Hill. Voilà un autre endroit à couper le souffle. Mais d’une autre manière. Sur cette rue, un mélange d’Old Orchard, de Las Vegas, de Time Square et de Piccadilly Circus, en infiniment plus laid, on est essoufflé devant tant de laideur, de bruit et de lumières, même le jour, des centaines touristes qui entrent et qui sortent des commerces construits à une autre époque, de cette quétainerie grandiloquente et agressive qui nous assaille. Combien de musées de cire, de maisons épeurantes, de pièges à touristes, de jeux d’arcades se dressent devant nous ? Même Frankenstein mange un burger devant une montagne qui crache du feu.
Nous n’en pouvons plus, nous rentrons au bercail.














